Élections 2026 au Maroc : Un test de confiance et d'engagement politique
La campagne pour les élections législatives marocaines de 2026 a débuté, plaçant au premier plan les questions de la confiance citoyenne, du chômage des jeunes et de l'efficacité politique.
À retenir
- La campagne pour les élections législatives au Maroc a débuté le 10 septembre 2026 avec 27 partis en lice pour 395 sièges.
- Plus de 15,8 millions d'électeurs sont inscrits pour le vote du 23 septembre.
- Une enquête Afrobarometer de mars indique qu'environ un tiers des Marocains de 18 à 35 ans font confiance au Parlement et aux partis.
- Le FMI estime le chômage global à 13 pour cent en 2025 et le chômage des jeunes (15-24 ans) à 37,3 pour cent.
- Fin juillet, environ 60 000 personnes sont entrées dans l'enclave de Ceuta en provenance du Maroc.
Rabat, Maroc – La campagne pour les élections législatives au Maroc a débuté le 10 septembre, avec 27 partis politiques en lice pour 395 sièges à la Chambre des représentants.
Plus de 15,8 millions d'électeurs sont inscrits pour le scrutin du 23 septembre, qui déterminera la composition du Parlement et jouera un rôle central dans la formation du prochain gouvernement.
Mais au-delà de la concurrence entre les partis, l'élection soulève une question plus profonde : celle de savoir si les citoyens croient que le système politique peut répondre aux problèmes qui façonnent leur vie quotidienne.
Cette question est particulièrement importante pour les jeunes Marocains. Une enquête Afrobarometer publiée en mars a révélé qu'environ un tiers des Marocains âgés de 18 à 35 ans expriment de la confiance envers le Parlement, le chef du gouvernement et les partis politiques.
En même temps, les jeunes étaient plus susceptibles que les Marocains plus âgés de publier du contenu politique sur les réseaux sociaux et de participer à des manifestations.
Cela ne signifie pas nécessairement que les jeunes Marocains sont désengagés. La question la plus importante est de savoir s'ils considèrent la politique électorale comme un moyen efficace de résoudre les problèmes auxquels ils font face.
Les politiques électorales du Maroc opèrent dans le cadre constitutionnel établi en 2011. La constitution définit le Maroc comme une monarchie constitutionnelle, démocratique, parlementaire et sociale, et établit une séparation et un équilibre des pouvoirs tout en préservant le rôle institutionnel central de la monarchie.
En vertu de l'article 47, le roi nomme le chef du gouvernement issu du parti politique arrivant en tête des élections à la Chambre des représentants.
Le roi préside également le Conseil des ministres, tandis que le gouvernement exerce le pouvoir exécutif et que le Parlement exerce ses fonctions législatives et de contrôle.
Remporter le plus grand nombre de sièges importe donc pour former le gouvernement, mais le résultat parlementaire ne détermine pas à lui seul l'ensemble de la répartition du pouvoir politique.
Le profil d'âge de l'électorat rend la question de l'engagement politique plus lourde de conséquences. Les chiffres officiels montrent que les électeurs âgés de 18 à 24 ans représentent 4 pour cent des inscrits, tandis que les personnes de 60 ans et plus en représentent 29 pour cent.
Mais ces chiffres décrivent la liste électorale, et non la participation, tout en montrant à quel point l'électorat inscrit pèse lourdement en faveur des citoyens plus âgés.
Le Maroc fait également face à un problème substantiel d'emploi des jeunes. Le FMI estime que le chômage s'est établi à 13 pour cent en 2025, tandis que le chômage chez les 15-24 ans a atteint 37,3 pour cent.
Il estime que 25,2 pour cent des jeunes n'étaient ni en emploi, ni en éducation, ni en formation au cours du troisième trimestre de 2025.
Le FMI pointe également du doigt les inadéquations de compétences, le dynamisme limité du secteur privé et des disparités prononcées entre les genres dans la participation au marché du travail.
Pour les jeunes qui luttent pour entrer sur le marché du travail, les promesses concernant la croissance, l'emploi et le pouvoir d'achat ne sont pas des questions de campagne abstraites.
Ce sont des mesures permettant de savoir si le système politique peut offrir des opportunités visibles dans la vie de tous les jours.
Ces pressions ont également fait surface en dehors de la politique électorale formelle. Fin juillet, environ 60 000 personnes sont entrées dans la ville autonome espagnole de Ceuta depuis le Maroc, lors de la plus grande vague de ce type de l'histoire récente, selon l'agence de presse Reuters.
Le rapport reliait ces traversées aux difficultés économiques, aux troubles sociaux et à la désinformation circulant sur les réseaux sociaux, ainsi qu'aux aspirations migratoires et aux fausses attentes concernant les décisions de justice espagnoles.
Bien que cet épisode n'ait pas été une mesure directe de l'opinion électorale ou la preuve d'une cause politique unique, il a illustré la manière dont les attentes économiques, les aspirations migratoires et les perceptions des opportunités peuvent s'entrecroiser.
Cela offre un contexte plus large au débat économique de l'élection : savoir si la croissance récente du Maroc et ses grands projets de développement produisent des opportunités que les jeunes citoyens peuvent voir dans leur propre vie.
L'économie connaît une croissance vigoureuse. Le FMI estime que le PIB réel a progressé de 4,9 pour cent en 2025 et projette une croissance de 4,4 pour cent en 2026.
Pourtant, un chômage élevé, en particulier chez les jeunes, est resté un défi significatif. Une forte croissance ne s'est pas traduite par une création d'emplois suffisante.
L'emploi et le pouvoir d'achat occupent une place de choix dans les programmes des trois partis qui forment la coalition gouvernementale depuis 2021 : le Rassemblement national des indépendants (RNI), le Parti de l'authenticité et de la modernité (PAM) et l'Istiqlal.
Le programme 2026-2031 du RNI promet un million d'emplois et une augmentation graduelle du salaire minimum à 5 000 dirhams (environ 530 dollars) par mois.
Le PAM s'est engagé à créer au moins un million d'emplois et a évalué le coût de son programme quinquennal à 350 milliards de dirhams (37,1 milliards de dollars).
L'Istiqlal a placé le pouvoir d'achat et les services publics au centre de sa campagne, aux côtés de propositions sur la santé, le logement, l'emploi, la gestion de l'eau et la sécurité alimentaire.
Les programmes diffèrent dans leurs accents, mais leur objectif commun est révélateur : l'emploi, le pouvoir d'achat des ménages et les services publics sont devenus des mesures centrales de la crédibilité politique.
Le défi pour le prochain gouvernement sera de transformer l'investissement et la croissance en emplois plus productifs et en niveaux de vie plus élevés.
Le Parti de la justice et du développement (PJD), dirigé par l'ancien chef du gouvernement Abdelilah Benkirane, entre dans l'élection en cherchant à regagner des soutiens après ses pertes dramatiques en 2021.
Le parti est tombé de 125 sièges lors du précédent parlement à 13. Lors des élections de septembre 2021, le RNI a remporté 102 sièges, suivi par le PAM avec 87 et l'Istiqlal avec 81.
Les trois partis ont par la suite formé la coalition gouvernementale. Le PJD a présenté un programme articulé autour de cinq axes et 467 mesures couvrant les politiques institutionnelles, économiques, sociales et étrangères.
Le programme met l'accent sur des réformes concrètes et des mesures plutôt que sur des objectifs chiffrés étendus, couvrant des domaines incluant les services publics, l'emploi, le pouvoir d'achat et la réforme institutionnelle.
Son retour ajoute une autre dimension à la compétition alors que les partis au gouvernail défendent leur bilan depuis 2021 et que le PJD tente de reconstruire sa base électorale.
L'élection permettra de tester si le système politique marocain peut maintenir un lien crédible entre un programme de développement ambitieux et les attentes des citoyens qui veulent en voir les bienfaits dans leur vie quotidienne.
Pour les jeunes Marocains, la confiance relativement faible envers les institutions politiques conjuguée à un chômage des jeunes très élevé indique que la politique électorale traditionnelle fait face à la concurrence d'autres formes d'expression politique, à un moment où l'emploi et le niveau de vie prennent de plus en plus d'importance.
À une époque où l'emploi et les critères économiques sont au centre des plateformes des partis politiques, le chercheur en économie Nouh El Harmouzi soutient que le défi va au-delà de ce que les partis peuvent promettre pendant une campagne électorale.
« Les problèmes économiques du Maroc sont fondamentalement structurels et ne peuvent être résolus par le biais de promesses électorales à court terme. »