« En Italie, nous comparons tout à la nourriture », déclare Alberto Candiani, propriétaire de quatrième génération de Candiani Denim, principal producteur italien de denim. « Nous affirmons que c'est la meilleure cuisine du monde — et c'est peut-être le cas —, mais ce qui la rend spéciale, c'est la façon dont nous la cuisinons. Nous prenons notre temps, nous utilisons les bons ingrédients. C'est très régional. Partout en Italie, vous trouverez différentes nuances et détails. Notre approche de la mode est la même. »

Partout où l'on va en Italie, du Piémont à Prato, les marques de mode et les fournisseurs partagent une version de ce sentiment. Ils affirment que le « Made in Italy » est bien plus qu'une simple étiquette ; c'est une source de fierté régionale et nationale — un mélange d'art et d'ingénierie, cultivé par des siècles de savoir-faire transmis de génération en génération.

« C'est un mode de vie », déclare Luca Sburlati, PDG de Pattern Group et président de l'organisation professionnelle Confindustria Moda. « Et c'est la dernière chaîne d'approvisionnement complète de la mode en Europe, où l'on trouve de la matière première au produit fini dans un seul pays. »

Mardi, Vogue World s'installe à Milan pour explorer l'importance des artisans et de la touche humaine à l'ère de la technologie. Mais au-delà de la bataille autour de l'intelligence artificielle, la fabrication italienne se trouve à un carrefour.

Comme l'a rapporté Vogue Business en 2024 dans le cadre de notre série « Made in Italy », la chaîne d'approvisionnement de la mode est vaste et fragmentée. Elle est composée principalement de petites entreprises familiales qui peinent à faire face à la charge croissante des réglementations.

Elle est exposée à toute l'ampleur du changement climatique, des inondations et des ouragans aux feux de forêt et à la chaleur extrême. Et si l'Italie offre bien tout le spectre des processus de production de la mode, elle peine à cultiver les matières premières dont elle dépend.

Et, c'est peut-être le défi le plus critique : les jeunes Italiens ne veulent plus nécessairement suivre les traces de leur famille, ce qui laisse de nombreuses usines avec une main-d'œuvre vieillissante et une crise imminente des talents.

Les chaînes d'approvisionnement italiennes risquent de perdre leur savoir-faire. Les fournisseurs comme les marques fondent leurs espoirs sur de nouveaux programmes éducatifs.

Puis, il y a deux ans, des procureurs italiens ont mis au jour l'exploitation de travailleurs dans des usines, ainsi que des sous-traitants fournissant prétendument des marques de luxe. Près de 30 marques ont été nommées depuis lors, remettant en cause l'idée que le « Made in Italy » est synonyme de qualité supérieure, de savoir-faire et d'éthique.

Des efforts radicaux pour assainir la chaîne d'approvisionnement ont suivi, notamment des audits accrus, un accord volontaire sur les contrats avec les fournisseurs et des relations plus étroites entre les marques et les fournisseurs.

Mais alors que l'Italie trace une nouvelle voie, la question demeure : que représente le « Made in Italy » aujourd'hui, et comment l'industrie peut-elle garantir son avenir ?

L'une des tensions fondamentales au cœur du « Made in Italy » réside dans sa signification exacte. L'industrie et les consommateurs débattent de la définition des processus de fabrication locaux.

Légalement, les marques peuvent utiliser l'étiquette tant que la « dernière transformation substantielle » a été réalisée dans le pays, ce qui signifie que de nombreux vêtements vendus sous ce label ont en réalité été fabriqués ailleurs.

Actuellement, les consommateurs n'ont aucun moyen de connaître la vérité, car les chaînes d'approvisionnement de la mode sont notoirement opaques. Cependant, les réglementations à venir sur les passeports numériques de produits sont sur le point de changer la donne.

A l'avenir, les marques devront divulguer l'endroit exact où chaque étape de la chaîne d'approvisionnement a eu lieu. La marque de prêt-à-porter féminin britannique Nobody's Child a déjà introduit les DPP dans son offre de denim.

Pour les fournisseurs pratiquant l'intégration verticale, c'est un changement bienvenu. Les critiques estiment que cette transparence permettra de distinguer la véritable valeur de la production locale.

« À l'heure actuelle, le