Apprendre une autre langue pourrait être l'un des meilleurs moyens de garder son cerveau en bonne santé
Des recherches suggèrent que l'apprentissage d'une langue étrangère stimule divers processus mentaux et renforce la réserve cognitive, offrant ainsi des bienfaits pour la santé du cerveau tout au long de la vie.
À retenir
- L'apprentissage d'une langue est une activité mentale complexe qui engage plusieurs processus cérébraux simultanément.
- La neuroplasticité permet au cerveau de changer et de renforcer ses connexions tout au long de la vie.
- Des études montrent que les personnes bilingues présentent une plus grande densité de matière grise ou une meilleure intégrité de la matière blanche.
- Le bilinguisme contribue à renforcer la réserve cognitive, ce qui peut aider le cerveau à faire face au vieillissement.
- Les adultes restent capables d'apprendre de nouvelles langues, bénéficiant du processus d'apprentissage et de la résilience cognitive qu'il procure.
Apprendre une autre langue est une activité mentale hautement complexe. Elle exige de retenir des mots, de distinguer des sons non familiers, de reconnaître des schémas, d'élaborer des règles grammaticales et de récupérer la bonne expression au bon moment.
Tout cela se fait en écoutant, en interprétant et en préparant une réponse. Toute cette activité mentale pourrait-elle également aider à garder un cerveau vieillissant en meilleure santé ? La recherche suggère que oui.
Les préoccupations concernant la mémoire et la démence peuvent inciter les adultes vieillissants à chercher des moyens d'exercer leur cerveau et de maintenir leur fonction cognitive, qu'il s'agisse de résoudre des mots croisés ou de jouer d'un instrument de musique.
L'apprentissage des langues peut ne pas sembler être le même type d'exercice cérébral, mais c'est une activité complexe qui mobilise plusieurs processus mentaux à la fois. Je suis linguiste et j'étudie l'acquisition, l'utilisation et la perte du langage.
Mon nouveau livre, Beyond Words: How We Learn, Use, and Lose Language, examine le langage et l'esprit tout au long de la vie des gens. La recherche suggère de plus en plus que l'apprentissage des langues et le bilinguisme peuvent offrir des avantages cognitifs, y compris pour les adultes plus âgés.
Apprendre une autre langue peut également créer des opportunités de communication et de connexion sociale. Un entraînement pour le cerveau.
Le cerveau d'une personne reste capable de changer tout au long de sa vie. Cette capacité d'adaptation en réponse à l'expérience est connue sous le nom de neuroplasticité.
Apprendre des sons, du vocabulaire et des schémas grammaticaux non familiers oblige le cerveau à former et à renforcer des connexions. L'apprentissage des langues sollicite plusieurs processus mentaux à la fois, exigeant des individus qu'ils absorbent et récupèrent des informations, remarquent quand quelque chose ne fonctionne pas et s'ajustent.
Cet effort mental soutenu fait de l'apprentissage des langues une forme d'exercice cognitif particulièrement riche. La recherche sur le bilinguisme a mis en évidence des différences dans la matière grise du cerveau, qui contient les neurones et leurs connexions, et la matière blanche, qui consiste en grande partie en fibres nerveuses reliant différentes parties du cerveau.
Des études ont montré une plus grande densité de matière grise ou une intégrité de la matière blanche plus forte chez les personnes bilingues, par rapport aux personnes qui ne parlent qu'une seule langue.
Ces résultats suggèrent que l'expérience linguistique peut se refléter dans la structure du cerveau, ainsi que dans son activité. Mais les différences cérébrales ne représentent qu'une partie de l'équation.
Le cerveau en vieillissant. L'une des raisons pour lesquelles les chercheurs s'intéressent au langage et au vieillissement est l'idée de la réserve cognitive.
Ce terme désigne la capacité à maintenir une fonction cognitive malgré les changements liés à l'âge ou les dommages causés au cerveau. Le bilinguisme a été proposé comme un facteur pouvant aider le cerveau à faire face aux effets du vieillissement, car la gestion de deux langues impose des exigences continues sur l'attention et le contrôle cognitif des individus, ce qui contribue finalement à renforcer la réserve cognitive.
Certaines études ont montré que les personnes bilingues qui développent une démence présentent des symptômes à un âge plus avancé que les personnes qui ne parlent qu'une seule langue.
Cela suggère que le bilinguisme peut offrir une certaine protection contre les effets du vieillissement cérébral, bien qu'il ne prévienne pas nécessairement la démence ou les changements cérébraux qui y sont associés.
Le bénéfice potentiel peut donc résider dans une plus grande résilience face à ces changements, plutôt que dans la prévention de la maladie sous-jacente.
Apprendre plus tard dans la vie. Cela soulève une autre question : si le bilinguisme tout au long de la vie peut aider à protéger le cerveau à mesure que nous vieillissons, les gens peuvent-ils obtenir des avantages similaires en apprenant une langue plus tard dans la vie ?
L'âge modifie la façon dont les langues sont apprises, mais les adultes restent capables d'apprendre de nouvelles langues tout au long de leur vie. Les adultes et les enfants apportent des forces différentes à cette tâche.
Les enfants ont tendance à avoir des avantages en matière de prononciation et de certains aspects de la grammaire, tandis que les adultes apportent un vocabulaire plus vaste et des stratégies d'apprentissage mieux développées.
Les recherches menées auprès d'adultes plus âgés suggèrent que l'apprentissage d'une langue peut produire des avantages cognitifs, bien que les résultats soient mitigés.
Le bénéfice potentiel provient peut-être moins de l'obtention de la fluidité que du processus d'apprentissage lui-même. L'apprentissage des langues est un défi soutenu qui pousse les gens à apprendre, à pratiquer et à s'adapter.
Il y a aussi des avantages sociaux. Apprendre une autre langue peut approfondir la compréhension culturelle, améliorer la communication interpersonnelle et encourager les gens à faire preuve d'empathie envers les perspectives et les expériences des autres.
Cela peut également connecter les gens avec d'autres d'horizons linguistiques et culturels différents, créant des opportunités de conversation et d'amitié.
Il n'y a pas de formule établie quant à la quantité d'apprentissage linguistique nécessaire pour procurer ces bienfaits. Des études ont utilisé de tout, de l'instruction intensive en classe à de courtes sessions quotidiennes avec des applications d'apprentissage des langues, sur des périodes allant de semaines à mois, pour voir si l'apprentissage des langues pouvait améliorer la fonction cognitive.
Plutôt qu'un nombre magique d'heures, ce qui compte, c'est peut-être un engagement soutenu dans une activité stimulante telle que l'apprentissage d'une nouvelle langue.
Construire une résilience cognitive. Apprendre une autre langue n'est pas un remède miracle contre le vieillissement et ne peut garantir une protection contre la maladie d'Alzheimer ou d'autres formes de démence.
Mais c'est une forme d'activité mentale exceptionnellement riche. La façon la plus utile de concevoir l'apprentissage des langues n'est peut-être pas comme un moyen de garder le cerveau jeune, mais comme un moyen de soutenir la résilience cognitive, c'est-à-dire la capacité de continuer à apprendre, à s'adapter et à fonctionner malgré les changements liés à l'âge.
Le vieillissement modifie inévitablement le cerveau, mais les gens conservent la capacité d'apprendre tout au long de leur vie. Maintenir notre cerveau engagé dans de nouvelles activités exigeantes peut contribuer à cette résilience.
Karen Stollznow, chercheuse principale en linguistique à l'Université du Colorado à Boulder, à l'Université Griffith et à l'Université de Nouvelle-Angleterre. Cet article est republié à partir de The Conversation sous une licence Creative Commons.