Nous avons été nommés au banc fédéral par des présidents de partis différents. L'un d'entre nous a été nommé par le président Ronald Reagan, et l'autre par le président Bill Clinton.

Nous n'avons pas été d'accord sur chaque question juridique ou politique. Mais en ce Jour de la Constitution, nous sommes d'accord sur quelque chose de plus fondamental.

Nous sommes inquiets pour la santé de la Constitution que nous avons tous deux prêté serment de soutenir et de défendre. Ce n'est pas une déclaration que nous faisons à la légère.

Le 17 septembre 1787, les délégués à Philadelphie ont signé une Constitution bâtie autour d'une idée simple mais profonde : le pouvoir en Amérique serait divisé. Aucun président, Congrès, tribunal ou majorité politique ne contrôlerait tout.

Chaque branche posséderait sa propre autorité, et chacune contraindrait les autres. La friction était intentionnelle.

Les Américains se disputent les limites de ces pouvoirs depuis 1787. Cet argument n'est pas une faiblesse de notre système constitutionnel, il fait partie du système.

Ce qui nous préoccupe aujourd'hui est plus grand que les différences politiques. Les garde-fous entourant nos désaccords s'affaiblissent, et les juges en paient le prix.

Les juges sont de plus en plus présentés non pas comme des fonctionnaires appliquant la loi, mais comme des combattants politiques. Les décisions de justice sont trop souvent considérées comme légitimes uniquement lorsqu'elles produisent le résultat politique désiré.

Les juges font face à des appels à des représailles et à la destitution en raison de leurs rulings. Les menaces contre les juges et leurs familles restent à des niveaux profondément troublants.

Cela devrait alarmer les Américains de toutes les sensibilités politiques. Une menace contre un juge n'est pas simplement un problème de sécurité au travail.

Elle menace la promesse constitutionnelle selon laquelle les affaires seront tranchées de manière neutre selon la loi plutôt que par la peur. L'indépendance judiciaire ne signifie pas que les juges sont au-dessus de la critique.

Les décisions des tribunaux doivent être examinées, débattues et parfois sévèrement critiquées. Les juges font des erreurs, et les tribunaux peuvent se tromper sur la loi.

Mais notre système constitutionnel offre des moyens de répondre à ces décisions : faire appel, demander un examen par une juridiction supérieure, changer la loi là où le Congrès a l'autorité de le faire, ou, dans des circonstances extraordinaires, amender la Constitution.

C'est ainsi qu'une nation régie par la loi résout les désaccords. Menacer, harceler ou intimider les juges est tout autre chose.

Il en va de même pour l'enseignement aux Américains qu'un tribunal n'a d'autorité que lorsque son jugement favorise leur camp politique. La Constitution ne peut pas fonctionner de cette façon.

Alexander Hamilton a décrit le pouvoir judiciaire comme la branche « la moins dangereuse » parce que les tribunaux ne contrôlaient ni la bourse de la nation ni son pouvoir militaire. Le pouvoir judiciaire dépend en fin de compte de quelque chose de plus fragile : la confiance en sa légitimité et la volonté des autres branches et du public de respecter les jugements légaux.

Cette confiance est mise à rude épreuve. Nous comprenons pourquoi de nombreux Américains ont des préoccupations concernant les tribunaux.

Certains remettent en question l'éthique judiciaire. Certains croient que des juges ou des tribunaux particuliers sont devenus idéologiques.

D'autres se demandent pourquoi des juges non élus dotés d'un mandat à vie devraient exercer une telle autorité. Ces questions méritent une discussion sérieuse.

L'indépendance judiciaire n'est pas une immunité contre l'obligation de rendre des comptes. Les tribunaux gagnent la confiance par l'intégrité, la transparence, la conduite éthique et la fidélité à la loi.

Mais il y a une différence profonde entre tenir le pouvoir judiciaire responsable et affaiblir sa capacité à jouer son rôle constitutionnel. L'histoire américaine montre pourquoi ce rôle compte.

Les tribunaux ont contrôlé des présidents des deux partis. Ils ont invalidé des actes du Congrès et restreint les gouvernements des États, protégeant ainsi les droits fondamentaux.

Ils ont également commis des erreurs. Le point n'est pas que les juges ont toujours raison, mais qu'une institution indépendante existe pour que les citoyens puissent poser une question fondamentale : qu'est-ce que la loi exige ?

Cette institution compte le plus lorsque la réponse dérange ceux qui détiennent le pouvoir. Notre préoccupation s'étend donc au-delà des tribunaux.

Les Constitutions ne faillissent généralement pas parce que leurs mots disparaissent soudainement. Elles s'affaiblissent lorsque les normes entourant ces mots s'érodent.

Aucun parti n'est à l'abri de cette tentation, et c'est précisément pourquoi les Pères fondateurs ont divisé le pouvoir. Ce Jour de la Constitution doit être un examen de nos propres habitudes constitutionnelles.